Invidia

Enfonce bien profond tes épines tes ronces
Dans les plaies mal baisées que tes excès défoncent
Prends-moi comme un vieux vin, comme un doux sang impur
Qui ruissèlerait fort dans tes boyaux d’or dur.
Dans les Nimbes perdus, tous les deux mortifères,
Toi et moi mon péché nous jouirons sans frontière,
Nous nous flagellerons, nous nous ferons bien mal
En fantasmant des vies, des rêves de cristal,
Qui ne sont pas pour nous, qui ne sont que pour d’autres
Et qui ne resteront que des stances d’apôtres.
Je vois les corbillards de mes désirs danser
Une bourrée funèbre aux airs désespérés,
Et tes refus tranchants comme des griffes froides
Valsent dans mes pensées tels des guêpes maussades.
C’est qu’il pleut dans mon cœur de vraies larmes d’orties;
C’est qu’il pleut dans ma vie tout plein de dents de scie.
Aujourd’hui Léviathan, j’ai compris ta devise:
« Détourner les espoirs, en faire des hantises ».
Ah! tu me désagrèges, tu me fais sombrer
Dans une sale fange égotique et grisée.
Que devrais-je espérer d’un passage sur Terre?
Où donc placer ma foi? Où prendre mes repères?
Je me verrais tantôt dans un manoir marbré
Choyée comme une reine, œuvrant comme Médée,
Adulée et priée, adorée et trop crainte
Et je me verrais même être titrée de « Sainte »,
Et tout ce que je n’ai, je voudrais bien l’avoir
Afin d’imaginer ce qu’est le vrai pouvoir.
Tu viens de fracasser mes plus sacrées icônes
Et de me démontrer la force de ton trône
En m’ayant fait gober tes terribles hosties.
Oh que je meurs de toi de te fuir mon Envie…

KeïKo