Acedia

Encore une minute, une seule minute,
Juste le temps d’attendre, attendre avant la lutte.
Puisque nous nous battrons, nous n’avons pas le choix,
Nous nous battrons sans arme et d’un combat courtois.
Je suis si fatiguée de te voir me corrompre
Je suis tant épuisée que nous devons tôt rompre.
Mais je t’aime toujours et je t’aime d’amour
Je n’oublierai jamais nos siestes de velours
Et leurs éternités, inertes et stériles
Employées à bercer nos doux rêves séniles.
Je n’oublierai jamais nos jours d’oisiveté
Et nos moelleux remords de n’avoir rien osé.
Je n’oublierai jamais tes intenses caresses
Et ta sorcellerie dont tu m’as fait prêtresse.
C’est que tu m’as charmée Belphégor tu m’as eue!
Mais je dois renoncer à cette union déchue
Avant que de ma vie je n’aie perdu la place
Et que je n’aie rien fait ni laissé quelque trace.
Langoureuse déesse accepte de cesser
Sur ma faible personne avoir autorité.
Fuis-moi! Détourne-toi de moi! Fuis ma princesse!
Fuis donc et pour de bon car ton néant m’oppresse!
Car je n’ai plus de force et je suis éreintée
Car je voudrais encore accueillir et sonder
Chacun de tes soupirs qui m’inspirent l’errance,
Car cette abnégation qu’insuffle ton silence
De toute idée d’action, de tout désir d’agir
Est une perversion que je ne veux pâtir.
Je ne puis plus souffrir les âpres influences
Des ineffables riens que tes mœurs concurrencent,
Je ne puis plus bénir nos heures de mépris
Passées à admirer les stèles de nos vies.
Mais je t’aime toujours et je t’aime d’ivresse
Et je t’aime d’amour ma divine Paresse…

KeïKo